Changement climatique: L’Union Européenne « ne peut pas échouer »

L’Union européenne se prépare pour la 21ème conférence sur les changements climatiques qui aura lieu en fin d’année à Paris. Cette conférence devra déboucher sur des mesures limitant le réchauffement climatique et ainsi éviter des effets irréversibles sur l’environnement.

Afin de préparer la très importante 21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 – COP21/CMP11 – qui aura lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre, les ministres de l’Environnement de l’UE se sont retrouvés les 22 et 23 juillet 2015 à Luxembourg.

Cette réunion informelle offrait l’occasion de faire l’état des lieux des négociations climatiques en vue d’un accord de Paris ambitieux. Comme l’indique la ministre de l’environnement luxembourgeoise, Carole Dieschbourg, qui préside actuellement le Conseil Environnement: « Le temps est compté jusqu’à Paris. »

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Les ministres ont discuté des prochaines étapes en vue d’accélérer les négociations et de trouver des positions convergentes avec d’autres pays. Ils adopteront des conclusions lors du Conseil Environnement du 18 septembre 2015.

Un processus de négociation « assez lent »

« Des points de convergence commencent à émerger sur plusieurs sujets, par exemple en matière d’adaptation aux effets du changement climatique, une question particulièrement importante pour les pays en voie de développement », a expliqué Carole Dieschbourg.

Le commissaire européen chargé de l’Action pour le climat et de l’énergie, Miguel Arias Cañete, précise que « si le progrès des négociations est assez lent au niveau technique, il y a une volonté politique croissante d’arriver à un accord à Paris ». « Nous ne pouvons pas échouer », a-t-il insisté.

Les réunions s’enchaînent et doivent déboucher sur une position commune de l’Union Européenne à la COP21, la Conférence de Paris, en fin d’année.

Eviter des effets irréversibles sur l’environnement

Pour rappel, dans ses conclusions en octobre 2014, le conseil européen avait adopté un objectif contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’UE d’au moins 40 % d’ici 2030.

La part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique et l’amélioration de l’efficacité énergétique doivent, tous les deux, atteindre au moins 27% à l’horizon 2030 au niveau de l’UE. Autant de mesures qui consolident l’Union Européenne dans sa place de leader quant à la lutte contre le réchauffement climatique.

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Notons qu’une augmentation de la température globale de plus de 2 degrés entraînera des effets irréversibles sur l’environnement. Pour ne pas dépasser ce chiffre fatidique, le GIEC – Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat – indique qu’il faudra réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 40% à 70% en 2050 et atteindre des niveaux proches de zéro en 2100. (Lire le résumé du dernier rapport du GIEC)

Les objectifs européens se rapprochent donc des recommandations émises par le GIEC mais devront très certainement être amplifiés et soutenus.

L’inaction coûterait 5 à 20% du PIB

D’autant plus que le coût de l’inaction est énorme et pourrait être à la base d’une baisse annuelle du produit intérieur brut (PIB) mondial de l’ordre de 5 à 20 %, voire plus, sans politique de réduction des gaz à effet de serre (selon les prévisions du rapport Stern).

Alors qu’une analyse de la Commission européenne montre que les investissements nécessaires pour obtenir une économie faible en carbone représenteraient environ 0,5 % du PIB mondial…

L’Union Européenne reste l’acteur le plus ambitieux dans la lutte contre le réchauffement climatique. Reste à espérer que cette politique volontariste se concrétisera lors de la COP 21 de cette fin d’année et qu’elle entraînera une dynamique positive pour tous les acteurs.

Crise grecque : L’échec de la stratégie Tsipras

L’accord sur le plan de sauvetage de la Grèce marque l’échec de la stratégie d’Alexis Tsipras, premier ministre grec issu de Syriza. Une stratégie risquée ayant conduit les Grecs à subir une véritable correction.

Durant sa carrière académique en tant qu’économiste, Yanis Varoufakis, l’ex-ministre des finances du gouvernement d’Alexis Tsipras, a publié plusieurs livres sur la théorie des jeux – une approche des sciences sociales qui modélise les interactions sociales du monde économique ou politique. Dans ces jeux, les individus rationnels adoptent un comportement stratégique visant à maximiser leur utilité. L’anticipation et l’interprétation des actions des partenaires ont un rôle primordial dans l’établissement de la stratégie à adopter.

Y. Varoufakis arrivant en moto aux négociations
Y. Varoufakis arrivant en moto aux négociations

Un des jeux les plus connus est celui de « la poule mouillée ». Ce jeu rappelle des scènes célèbres du cinéma américain qui mettent face à face deux jeunes conducteurs prêts à tout pour gagner et montrer leur courage. Téméraires, ils foncent en voiture l’un vers l’autre en jouant sur leur peur de la mort. Celui qui, de peur, évite le crash perd le jeu et devient « la poule mouillée » (voir l’extrait du film « La fureur de vivre »).

Une stratégie jusqu’au-boutiste

Appliquée à des négociations, cette dynamique pousse l’interlocuteur à se montrer plus intransigeant qu’il ne l’est dans l’espoir de voir son interlocuteur céder en premier. Le risque étant qu’aucun des deux ne cèdent et que les négociations échouent, amenant une situation perdante pour les deux parties – la mort des protagonistes dans les films hollywoodiens.

Depuis l’accession de Syriza au pouvoir, sur le dossier de sa dette, la stratégie de négociation du gouvernement grec, emmené par Alexis Tsipras et Yanis Varoufakis, ressemble à s’y méprendre à celle d’un joueur pris dans le « jeu de la poule mouillée ».

Leur calcul était que leurs partenaires de négociations – Le FMI, la BCE et l’UE – adouciraient les mesures d’austérité imposées à la Grèce – allant peut-être jusqu’à annuler une partie de la dette – si et seulement si le gouvernement grec tenait une ligne dure et intransigeante. Une attitude qui devait donner l’impression d’un intransigeance, peu importent les conséquences, et pouvant mener au défaut de paiement. Une situation perdant-perdant qui affaiblirait la Grèce mais également les pays de la zone euro.

Un échec retentissant pour la stratégie d'A. Tsipras.
Un échec retentissant pour la stratégie d’A. Tsipras.

Une grave erreur d’appréciation

Même si les arguments anti-austérité de la Grèce sont également relayés par de nombreux économistes réputés (lire article), le gouvernement d’Alexis Tsipras, avec cette mentalité téméraire, a fait une erreur d’appréciation grave de conséquence.

D’abord, sur le fonctionnement de l’eurozone, les Grecs ont cru être face à un partenaire rationnel sensible aux arguments économiques alors qu’en fait ils ont fait face à des hommes politiques tenus par leurs gouvernements nationaux. Des responsables politiques qui écoutaient la Grèce d’un côté et leur coalition et électorats nationaux de l’autre. L’importance de la politique domestique a encore été accentuée ces derniers jours avec la dureté affichée par les camps allemands et finlandais, tous deux obligés de faire valider les décisions de l’eurogroupe par leur gouvernement national (comme l’Estonie, l’Autriche, la Slovaquie et les Pays-Bas).

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Ensuite, sur la tenue du referendum, les Grecs ont souhaité crédibiliser encore leur position de tête brulée en organisant une consultation populaire censée leur donner une légitimité supplémentaire. En ayant une victoire écrasante – le NON, défendu par Syriza, a recueilli 61% des votes -, Alexis Tsipras a vu sa position renforcée en interne, ce qui devait l’aider dans les négociations avec ses créanciers. Ce referendum devait agir sur les partenaires de négociation qui, face à cette victoire éclatante, devaient constater l’intransigeance et le jusqu’au-boutisme du gouvernement grec et, sous la pression, céder.

Après, sur l’absence d’accord pendant 5 mois, les Grecs ont joué le chrono pour augmenter la pression sur leur interlocuteur. Au plus le temps avançait, au plus la pression s’intensifiait, rendant la volonté téméraire de la Grèce d’autant plus crédible. La stratégie étant, ici, également de nourrir l’image de la détermination, mettant ainsi une pression énorme sur le partenaire de négociations : « Nous irons jusqu’au bout, nous sommes prêts à tout risquer. Et toi ? »

D’un désaccord politique à une véritable punition

Aujourd’hui, force est de constater l’échec de cette stratégie: le plan de sauvetage est plus stricte que le précédent, l’accord va à l’encontre des résultats du referendum du 25 juin 2015, les mesures qui doivent être adoptées par Syriza vont à l’encontre de son programme électoral et sont une continuité des politiques menées depuis 5 ans – des politiques ayant menés à la situation dramatique de la Grèce. Le premier ministre grec a été battu à son propre jeu. Un échec de sa stratégie qui transforme un désaccord politique en véritable punition.

OXI : une opportunité pour l’Europe

Dimanche dernier, les Grecs ont voté à une écrasante majorité contre les mesures proposées par la troïka. Ce rejet peut être l’opportunité d’écouter enfin les voix dissidentes mais néanmoins expertes qui fustigent les plans d’austérité.

Malgré les menaces et les tentatives d’influence, malgré le manque de liquidités, malgré la peur de l’inconnu auquel était censé mener ‘OXI’, le peuple grec, vilipendé et mal gouverné depuis des années, a décidé en masse de rejeter le plan de sauvetage préparé par ses créanciers (BCE-UE-FMI).

Si une réponse positive du peuple grec dimanche dernier aurait probablement amené un nouveau plan de sauvetage proche de celui arrivé à échéance le 30 juin, on peut se demander si le ‘NON’ ne doit pas être vu comme une opportunité. Non pour des améliorations à la marge mais pour un changement fondamental dans l’appréciation de la crise dans laquelle est baignée l’Europe depuis 2008.

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Un changement qui permettrait de s’écarter des politiques inefficaces menées pour l’instant en Europe. Le « NON » grec peut être cette porte ouverte vers l’énorme quantité d’intellectuels, d’institutions, d’associations et de politiques qui souhaitent emprunter une autre voie.

Le FMI, tout d’abord, qui après avoir prôné l’austérité a vu son économiste en chef, Olivier Blanchard, déclarer avoir fait une erreur dans le calcul du « multiplicateur » de l’effet des diminutions des dépenses publiques. En clair, finalement, d’après l’économiste du FMI, les effets de l’austérité ont un impact négatif sur l’activité économique nationale.

Au FMI, toujours, une note interne témoigne du manque de soutien dont bénéficient les mesures d’austérité. Christine Lagarde, elle-même, allant jusqu’à mettre en doute l’efficacité des mesures d’austérité dans la lutte contre le chômage. A noter que la question de l’erreur de multiplicateur et les doutes quant aux politiques d’austérité sont antérieurs à l’arrivée de Tsipras au pouvoir.

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Paul De Grauwe, ensuite, considère que la dette Grecque, avoisinant les 180% du PIB, est surestimée et qu’elle s’élève réellement à la moitié de sa valeur officielle. La charge réelle de la dette grecque est moindre que la plupart des pays de la zone euro dont, entre autres, la Belgique et la France. Ajoutons que la charge d’intérêts sur la de dette grecque est de 2,6%, plus petite que de nombreux autres pays de la zone euro.

D’après l’économiste de la London School of Economics et de la Katholieke Universiteit Leuven, les créanciers devraient donc arrêter de considerer la dette officielle et donc avoir des exigences moins grandes et plus en accord avec la réalité. FMI, BCE et UE doivent « admettre que leurs créances sur le gouvernement grec ont une valeur inférieure à leur valeur nominale » et, en conséquence, doivent considérablement alléger les efforts demandés. Ce qui permettra à la Grèce de se relancer économiquement.

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Thomas Piketty estime, pour sa part, que le plan de sauvetage proposé par la troïka est « mauvais et récessif » et qu’il ne peut pas résoudre la crise grecque. Les solutions sont institutionnelles d’après lui. Il propose d’abord de convoquer une conférence sur la dette amenant une restructuration des dettes de l’ensemble des pays de la zone euro. Ensuite, il invite à la création d’une chambre parlementaire de la zone euro chargée de réguler démocratiquement le choix du niveau de déficit et d’investissement public. Une chambre composée d’élus nationaux qui serait amenée à superviser l’union bancaire et les mécanismes européen de stabilité.

Nous pourrions également citer Paul Krugman, prix nobel d’économie en 2008, pour qui les mesures d’austérité sont tout à fait inefficaces et « insupportables pour un pays comme la Grèce » et pour qui « l’économie grecque s’est effondrée principalement à cause des mesures d’austérité imposées à la Grèce ».

Mais également Joseph Stiglitz, ancien chef économiste de la Banque Mondiale et prix nobel d’économie en 2001, qui estime que la troïka a une « responsabilité criminelle » dans la situation actuelle. Il propose au trio BCE-UE-FMI d’effacer purement et simplement la dette grecque et de verser des fonds pour permettre à ce pays de relancer son économie.

Et si la crise grecque représentait une opportunité d’écouter et d’inventer ? Cela ne semble en tous cas pas la voie empruntée par les démocraties européennes.

Références utiles:

Paul De Grawe, « Admettre la réalité pour résoudre le problème grec », forum, Le Soir, 1 juillet 2015.

Thomas Piketty, « Le début de la fin de la zone euro », Entretien, Le Soir, 2 juillet 2015.

« Crise grecque: l’économiste Thomas Piketty se paie Angela Merkel », 20 minutes, 8 juillet 2015.

Paul Krugman, « Greece over the brink », blog, The New York Times, le 29 juin 2015.

Joseph Stiglitz, « Abandon austerity or face global fallout », Time, 29 juin 2015.

« Un audit interne du FMI critique les mesures d’austérité budgétaire prises après la crise », Le monde, 11 avril 2014.

Christine Lagarde, « Pour l’emploi il faut moins d’austérité », Le Figaro, 8 octobre 2014.

CRISE GRECQUE : Des mesures inefficaces et injustes

La troïka (BCE-UE-FMI) et l’Allemagne, en tête, sont particulièrement mal placés pour demander à la Grèce de s’engager plus en avant dans la voie de l’austérité.
L’insolvabilité de la Grèce prouve l’inéficacité de ce plan de ‘sauvetage’, déjà mis en place depuis 5 ans par la même troïka. Des résultats mitigés ayant d’ailleurs amené le FMI à remettre en cause les mesures prises, mesures que l’institution défend à nouveau aujourd’hui.

Il est également paradoxal de constater l’inflexibilité de l’Allemagne quant au défaut de paiement des Grecs. Surtout lorsque l’histoire nous rappelle que l’Allemagne a bénéficié d’une réduction de 50% de sa dette en 1953 alors qu’elle était en défaut de paiement. Une réduction octroyée par ses 21 créanciers, dont la Grèce faisait partie.

Ajoutons également, pour l’anecdote, que l’Allemagne aurait encore une dette de guerre envers la Grèce. Une dette qui oscillerait entre 68 mia d’euros et 162 mia d’euros selon les sources…
Liens utiles:

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/04/un-audit-interne-du-fmi-critique-les-mesures-d-austerite-budgetaire-prises-apres-la-crise_4518016_3234.html

http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/chroniques/le-monde-vu-dici/201412/15/01-4828452-lausterite-est-inefficace-selon-le-fmi.php

http://www.liberation.fr/economie/2013/01/08/oups-le-fmi-s-est-trompe-sur-l-austerite_872394

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/10/08/20002-20141008ARTFIG00298-pour-l-emploi-il-faut-moins-d-austerite-dit-le-fmi.php

http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/02/17/l-allemagne-a-t-elle-une-dette-de-guerre-envers-la-grece_1644633_3214.html